Pi'ilani Highway : la route oubliée du sud de Maui
En bref : Pi'ilani Highway est une route côtière oubliée du sud de Maui, connue pour…
Un après-midi où la lumière filtre à travers deux vitraux qui racontent Saint Damien et Marianne Cope : la Star of the Sea arrête le voyageur comme un livre ouvert sur l’histoire de Puna.
| Peu de temps ? Voilà ce qu’il faut retenir : |
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| Point clé #1 : Visiter la Star of the Sea pour voir une peinture murale unique, œuvre du père Evarist Gielen et de successeurs locaux. |
| Point clé #2 : L’église a été déplacée en 1990 pour échapper aux coulées de lave ; elle est aujourd’hui gérée par la Kalapana Ohana Association. |
| Point clé #3 : Respecter le lieu : donations, photos sans flash, et éviter tout contact avec les peintures pour la conservation du patrimoine. |
| Point clé #4 : Combinez la visite avec Pohoiki, la Red Road ou le marché de Pahoa pour un véritable itinéraire de tourisme culturel. |
Au sortir de la route 130, la petite façade verte de la Star of the Sea surprend par sa discrétion. Sur place, l’œil est naturellement attiré vers l’intérieur : un plafond en dégradés de bleu, des scènes bibliques peintes à la main, des anges esquissés dans un style folk qui confère à l’ensemble une présence intime et singulière. Ce qui frappe d’abord est la manière dont l’art transforme un lieu de culte modeste en un objet de patrimoine vivant.
La genèse de ces peintures tient autant de la nécessité que de l’inspiration. Construit en 1927-1928 par le missionnaire belge Père Evarist Gielen, l’édifice fut réalisé avec des matériaux récupérés et un budget très limité — environ 2 500 dollars de l’époque. Pour décorer l’intérieur, le père Gielen utilisa de la peinture pour bâtiment mélangée à de l’huile de lin ; ses pinceaux ont tracé des scènes bibliques, mais aussi des images liées à l’histoire locale et catholique, formant un langage visuel hybride entre Europe missionnaire et expression populaire hawaïenne.
Les couleurs, les trompe-l’œil et la densité narrative à l’intérieur de l’église créent une sensation d’espace plus grande que la réalité architecturale. Le trompe-l’œil de l’autel, qui simule une perspective de colonnes, est un procédé simple mais efficace pour transformer un volume modeste en « architecture sacrée » perçue. Au moment de l’observation, il est utile d’insister : ces peintures ne sont pas de simples décorations ; elles racontent la foi, les transferts culturels et la façon dont une communauté a matérialisé son rapport au divin.
Dans la pratique, la peinture murale de la Star of the Sea s’inscrit dans une filiation artistique. Le père Gielen fut l’élève du père John Berchmans Velghe, dont l’œuvre à St. Benedict (Captain Cook) inspira une esthétique commune : l’utilisation de peintures bon marché pour recréer, dans des chapelles rurales, la grandeur des cathédrales européennes. Cette méthode — peinture de maison + huile de lin — est une réponse pragmatique mais profondément expressive qui a perduré avec des retouches et des ajouts par d’autres artistes jusqu’aux années 1970.
Pour le visiteur, la lecture de ces images demande un peu de temps et d’attention : identifier des saints, reconnaître des scènes bibliques, et noter les signatures locales. L’église abrite deux vitraux réalisés dans les années 1980 par l’artisan Kenneth Burkhardt, figurant Saint Damien et Marianne Cope, saints historiquement liés à Hawaï et à la prise en charge des malades de la lèpre à Molokai. Ceux-ci ajoutent une couche de mémoire hygiographique — des visages et des gestes qui résonnent avec l’histoire sanitaire et missionnaire de l’archipel.
La Star of the Sea fonctionne donc comme un palimpseste : art populaire, gestes de construction frugaux, références missionnaires et emprunts locaux. Chaque panneau et chaque dégât de peinture porte une date visible, une histoire de restauration et d’attention communautaire. Kaleo, un descendant des familles de Kalapana qui sert aujourd’hui de guide informel, explique souvent comment les noms gravés dans les bancs relient physiquement l’édifice aux familles enterrées par l’histoire des coulées de lave. Voilà un point essentiel : l’église n’est pas un simple monument, c’est un signifiant tangible de la disparition et de la persistance d’une communauté.
Insight : l’expérience de la peinture murale à Star of the Sea rappelle que l’architecture sacrée peut être à la fois modeste et puissamment expressive, lorsqu’elle est façonnée par des besoins locaux et un savoir-faire de terrain.

La survie de la Star of the Sea est liée à une décision concrète et spectaculaire : la déplacer. L’histoire commence en 1986, lorsque des éruptions du cône puʻu ʻŌʻō sur le Kīlauea envoient des coulées de lave vers la côte de Puna. Le village de Kalapana, où se tenait la paroisse, finit par être envahi. Plutôt que d’accepter la perte passive d’un bien communautaire, des paroissiens et un entrepreneur offrirent leur aide pour sauver l’église.
Le transfert en mai 1990 constitua une opération minutieuse. Le bâtiment de 22 par 48 pieds, avec sa tour et sa sacristie, fut sanglé sur une remorque et transporté sur la route jusqu’à Kaimu, à un emplacement à l’abri des coulées. Peu après, l’ancienne Kalapana fut recouverte de coulées qui ont enseveli des maisons, un magasin familial et la plage noire qui bordait autrefois le village. Les photos d’époque montrent un paysage presque lunaire : des blocs de lave, des ruines et, quelques semaines plus tard, un vide là où la vie avait été dense.
Le déplacement de l’église n’est pas qu’un exploit technique : c’est un geste de soin collectif. La Kalapana Ohana Association prit la responsabilité de l’édifice après sa désacralisation par le diocèse, assumant maintenance et coordination des visites. Parmi les voix qui ont fait la différence figure Roseanna Kanoa, commerçante locale qui, dès 2005, consacra temps et ressources propres pour financer des réparations et maintenir l’accès au lieu. Les toitures, les planchers et les fermetures ont souvent été réglés par des dons modestes et le travail de bénévoles.
Il y a une dimension affective très forte à l’intérieur : des noms gravés dans les bancs, des offrandes laissées dans une boîte, des prières murmurées lors des messes mensuelles. Ces inscriptions sont des actes de mémoire. Elles relient encore aujourd’hui la Star of the Sea à celles et ceux qui ont perdu leurs maisons mais pas leurs récits familiaux. Kaleo raconte la nuit où la remorque passa dans la ville : « On a veillé comme si l’église était un membre de la famille ». Cette métaphore décrit bien la nature de la sauvegarde communautaire : protection contre l’effacement du paysage et du lien social.
Le déplacement devint aussi une attraction — non pas pour le sensationnalisme, mais comme le témoignage d’une résistance culturelle. L’édifice figure désormais sur le Registre national des lieux historiques (NRHP) — référence 97000407 — ce qui donne un cadre légal et une visibilité indispensable pour solliciter des aides à la conservation. Cependant, l’inscription ne résout pas tout : la gestion quotidienne requiert un équilibre entre ouverture au public et préservation des surfaces peintes fragiles.
Ainsi, le mouvement de 1990 cristallise plusieurs enjeux : le risque géologique, la responsabilité communautaire, et la manière de faire vivre un patrimoine religieux déplacé. L’histoire montre qu’un bâtiment peut voyager sans perdre sa capacité à incarner un attachement local profond.
Insight : déplacer un monument n’efface pas sa valeur ; au contraire, la mobilité peut devenir un acte de sauvegarde affectif et politique — à condition qu’une communauté s’en fasse gardienne.
La Star of the Sea s’inscrit dans un petit corpus d’édifices peints sur la Big Island. Pour comprendre son originalité, il faut la comparer avec St. Benedict (Captain Cook) et St. Theresa (Mountain View). Ces trois lieux partagent une même lignée artistique née des pratiques de prêtres belges qui ont importé une esthétique de « cathédrale peinte » adaptée à des chapelles rurales.
La méthode est identique : peinture domestique mélangée à de l’huile, trompe-l’œil pour donner une impression de verticalité et de profondeur, scènes bibliques couvrant murs et plafonds. Malgré cette parenté technique, chaque église a sa personnalité. St. Benedict, par exemple, évoque une grande cathédrale grâce à des voûtes peintes et des palmes émeraude qui surgissent en motifs décoratifs. St. Theresa, plus confidentielle, offre un dôme peint à la lueur de lampes à huile — un geste créatif nocturne du père Gielen au milieu des années 1930.
Le rôle du père John Berchmans Velghe comme maître d’école à l’origine de cette esthétique est essentiel : il a peint St. Benedict entre 1902 et 1904 après avoir déplacé la chapelle originelle, tandis que son disciple, le père Gielen, poursuivit l’œuvre à Kalapana et Mountain View. Cette filiation explique des motifs récurrents : colonnes peintes, palmettes stylisées, et références explicites aux saints qui ont marqué l’histoire de Hawaï.
| Critère | Star of the Sea (Kalapana) | St. Benedict (Captain Cook) | St. Theresa (Mountain View) |
|---|---|---|---|
| Année de construction | 1927–1928 | Relocalisée et bénie en 1902 | 1936 |
| Auteur principal des peintures | P. Evarist Gielen (et contributeurs 1960s–70s) | P. John Berchmans Velghe | P. Evarist Gielen |
| Statut actif | Désacralisée, messes mensuelles | Paroisse active, messes régulières | Utilisée localement, moins fréquentée |
| Visibilité touristique | Point culturel majeur du côté Est | Fort flux touristique côté Kona | Visite aisée depuis Hilo |
Comparer ces églises aide à saisir ce qui fait la valeur patrimoniale de la Star of the Sea : non pas seulement la qualité artistique, mais la manière dont l’œuvre a été insérée dans le tissu social. St. Benedict reste une paroisse active, offrant une expérience liturgique régulière ; St. Theresa est proche de Hilo et représente le travail nocturne du peintre. La Star of the Sea, elle, porte la mémoire d’un village disparu et d’une communauté dispersée — ce qui en fait un symbole de patrimoine religieux à la fois fragile et précieux.
Pour le visiteur sensible à l’architecture sacrée, l’observation doit être méthodique : lire les signatures, repérer les retouches, noter les matériaux. Les approches comparatives apportent une profondeur d’analyse qui enrichit la visite et oriente le regard vers la conservation future de ces œuvres.
Insight : la valeur patrimoniale d’une église peinte tient autant à son histoire sociale qu’à ses qualités plastiques — la comparaison permet d’apprécier cette double dimension.
Localisation et temps de route : l’église se trouve au 12-4815 Pahoa Kalapana Road, à proximité des mile markers 19–20 sur la Highway 130, dans le district de Puna. Depuis Volcano Village, la route prend approximativement 45 à 55 minutes selon la circulation. Le trajet traverse des paysages marquants : tunnels d’arbres, champs de lave et petites exploitations locales — un avant-goût du contraste paysager qui caractérise le Big Island.
Horaires et accès : l’église est généralement ouverte au public tous les jours, avec une boîte de donation pour soutenir l’entretien. La messe y est célébrée le premier vendredi de chaque mois par des prêtres bénévoles, principalement en provenance de la paroisse Sacred Heart de Pahoa. Avertissement pratique : l’intérieur est petit et les visites doivent rester calmes et respectueuses — pas de flash pour les photos, pas de toucher des peintures, et préférer les dons en espèces ou via les coordonnées fournies sur place.
Gestes à adopter (liste pratique) :
Idées d’itinéraire : commencer tôt depuis Volcano Village pour profiter du marché de Pahoa (Sunday Farmers Market, 15-3003 Kauhele St.) puis longer la Red Road pour une boucle côtière. Sur le retour, ponctuer par Pohoiki Beach (formée après les coulées de 2018) ou le parc Lava Tree State Park pour compléter la lecture géologique du territoire. Ces étapes permettent de transformer une simple visite en une demi-journée de tourisme culturel, attentive à la géologie, à l’agriculture locale et aux pratiques patrimoniales.
Conseils logistiques : prévoir de l’eau, un chapeau et des chaussures adaptées — certaines portions autour du stationnement sont peu ombragées. Les routes secondaires peuvent être étroites ; rester vigilant et respecter les limitations. Pour les visiteurs cherchant un angle slow travel, il est conseillé de privilégier le covoiturage ou un loueur local pour limiter l’empreinte carbone du trajet.
Liens utiles pour prolonger la lecture : un guide sur la philosophie aloha et l’itinérance respectueuse est disponible sur PahoaMag — Aloha et voyage, et un article sur les micro-aventures à Big Island se trouve ici : Voyage slow au Big Island. Pour une approche déco inspirée du Pacifique, consulter Indoor jungle : matières et lumière.
Vidéo ressource : une courte visite guidée vidéo permet de repérer les éléments clés avant d’y aller et d’anticiper les gestes à adopter.
Insight : préparer sa visite, c’est déjà commencer à pratiquer un tourisme culturel respectueux — et laisser le lieu transmettre son histoire sans l’épuiser.
La préservation de la Star of the Sea illustre des enjeux communs à de nombreux sites religieux fragiles : financement, assurance, expertise technique et implication communautaire. La responsabilité historique a basculé du diocèse vers la Kalapana Ohana Association, un modèle d’autogestion qui repose sur bénévolat, dons et petites subventions. Cette gouvernance locale est une force, car elle maintient le lien affectif avec le lieu, mais elle confronte aussi l’église à une fragilité structurelle.
Concrètement, l’entretien implique des réparations de toiture, le renforcement de fondations, le contrôle des insectes xylophages et la stabilisation des peintures. Les peintures, réalisées à base de matériaux peu durables, nécessitent un suivi climatique et des interventions spécialisées. Les professionnels de la conservation peuvent parfois conseiller des traitements, mais ceux-ci demandent des ressources financières et une réflexion éthique : il faut choisir entre retouches visibles et stabilisation discrète, entre conservation maximale et accessibilité au public.
Le récit de Roseanna Kanoa est instructif : en investissant ses moyens, elle a permis des réparations nécessaires et a sensibilisé d’autres habitants. Les bénévoles organisent des journées d’entretien et des collectes locales. Pour la durabilité, l’association a tenté d’élargir ses sources de revenus en proposant des visites guidées sur donation et en sollicitant des subventions patrimoniales, y compris des fonds fédéraux possibles grâce à l’inscription NRHP. Les réseaux communautaires, les donateurs individuels et des partenariats avec des institutions universitaires locales sont des leviers à actionner.
La question de l’impact touristique est délicate. L’ouverture au public génère des financements mais augmente les risques d’usure. La solution consiste souvent à instaurer des règles simples mais strictes : pas de flash, accès limité à certaines zones, visites encadrées, signalétique explicite sur les gestes à respecter. C’est un équilibre que la Kalapana Ohana Association tente d’atteindre, en favorisant un tourisme lent et informatif plutôt qu’un passage rapide et de masse.
Plus largement, la conservation de la Star of the Sea pose la question du rapport entre patrimoine religieux et mémoire collective. Le bâtiment est un point d’ancrage pour les familles dispersées de Kalapana ; sa préservation materialise un droit à la mémoire. Pour cela, il faut des stratégies plurielles : formation de bénévoles aux gestes de base, documentation photographique (sans excès), collaboration avec des restaurateurs spécialisés et intégration de la communauté hawaïenne dans les décisions de conservation pour respecter les dimensions culturelles locales.
Pour illustrer ces collaborations, une vidéo documentaire sur les coulées et la reconstruction locale permet de comprendre l’impact géologique et social des éruptions successives.
Enfin, le cas de la Star of the Sea offre une leçon pour les voyageurs : la meilleure manière d’aider est souvent discrète et régulière — un don, une visite respectueuse, ou la diffusion d’une histoire bien racontée. C’est le principe même du slow travel, qui privilégie la profondeur sur la rapidité et la relation sur l’accumulation d’expériences.
Insight : la conservation réussie d’un patrimoine religieux fragile dépend d’une alliance durable entre experts, communauté et visiteurs engagés — un modèle de soin collectif transposable ailleurs.
La Star of the Sea se trouve au 12-4815 Pahoa Kalapana Road, près des mile markers 19–20 sur la Highway 130, district de Puna. Depuis Volcano Village, compter 45–55 minutes. Prévoir eau et chaussures adaptées.
L’église a été désacralisée par le diocèse mais une messe est célébrée le premier vendredi de chaque mois. La gestion quotidienne relève de la Kalapana Ohana Association.
Oui, mais sans flash et sans toucher les peintures. Les donations aident à la conservation ; respecter la tranquillité du lieu est essentiel.
Pohoiki Beach, Lava Tree State Park, la Red Road et le marché de Pahoa dominical forment un itinéraire cohérent pour une demi-journée de tourisme culturel.